Consommation de drogues en Communauté française : Synthèse des dernières données épidémiologiques

Une grande partie du Rapport d’Eurotox 2010 sur l’usage des drogues en Communauté française est consacrée à la présentation de données épidémiologiques ou indicatives qui permettent d’approximer l’étendue et les caractéristiques de la consommation de drogues en Communauté française ou, plus largement, en Belgique. Nous en résumerons ici les principales tendances et observations, précédées des précautions nécessaires à une interprétation et une utilisation correctes de ces données.

Situation épidémiologique et tendance

Précaution

Dans les enquêtes de prévalence rapportées dans ce chapitre, la consommation d’une substance est généralement évaluée sur une période de temps donnée : on parle de « consommation sur la vie » lorsque l’on dénombre les personnes ayant déjà consommé au moins une fois un produit donné au cours de leur vie, de « consommation récente » lorsque l’on dénombre les personnes l’ayant consommé au moins une fois au cours de la dernière année, et enfin de « consommation actuelle » dans le cas des personnes ayant consommé au moins une fois le produit au cours des 30 derniers jours. Ces indicateurs de consommation, qui sont fréquemment utilisés dans les enquêtes sur l’usage de drogues au niveau européen, ne fournissent toutefois aucune indication sur la fréquence d’usage des produits au cours de ces mêmes périodes de temps (il suffit d’avoir consommé un produit une seule fois pour faire partie des « consommateurs »). A fortiori, ils ne renseignent pas non plus sur le caractère problématique ou non de la consommation (cette consommation prend-elle place dans un contexte de dépendance ?, etc). Il convient donc de garder à l’esprit qu’il est difficile de se faire une idée des conséquences, en termes de santé publique et de « cohésion sociale », de l’usage de drogues tel que rapporté par les enquêtes de prévalence d’usage.

Il faudra dès lors se tourner, à défaut d’avoir une véritable enquête sur l’usage problématique de drogues en Belgique, vers les données issues de l’indicateur de demandes de traitement (point 4) ou encore vers les données de morbidité (maladies infectieuses) et de mortalité liées à l’usage de drogue pour se faire une idée de telles conséquences. Néanmoins, l’indicateur de demandes de traitement est tout de même limité par le fait que tous les centres de traitement de la Communauté française ne participent pas actuellement à cette récolte. En outre, les personnes en situation d’abus ou de dépendance à une substance qui suivent un traitement dans un cabinet privé ou dans un hôpital ne sont actuellement pas recensées et, bien entendu, toutes les personnes dans une telle situation ne suivent pas forcément un traitement. Finalement, il faut remarquer que cet indicateur ne permet pas d’estimer véritablement la prévalence des demandes de traitement (le nombre de personnes en traitement sur une période donnée) parce qu’il n’enregistre que les nouvelles demandes introduites annuellement et non l’ensemble des traitements en cours chaque année. Cet indicateur permet toutefois d’estimer, sur une base annuelle le nombre, et de dresser le profil des personnes ayant introduit une demande de traitement auprès d’un centre spécialisé dans le traitement des assuétudes.

Données principales

1.    Les résultats de l’enquête HIS 2008 montrent qu’environ 14% de la population belge âgée de 15 à 64 ans ont déjà expérimenté au moins une fois le cannabis. L’expérimentation de ce produit est plus fréquente chez les plus jeunes, et avoisine les 30% chez les 25-34 ans. En ce qui concerne l’usage actuel de cannabis, cette enquête révèle qu’environ 3% de la population belge en a consommé durant les 30 derniers jours précédant l’enquête. A nouveau, l’usage actuel de cannabis est plus fréquent chez les jeunes : il atteint ainsi 7% chez les 25-34 ans. Cette enquête relève par ailleurs que les autres drogues illicites sont rarement consommées par la population belge âgée de 15 à 64 ans. En effet, moins de 4% des personnes interrogées ont avoué avoir consommé au moins une fois une drogue illicite autre que le cannabis. A nouveau, l’expérimentation des autres drogues illicites est plus importante chez les jeunes : ainsi, environ 5% des 15-24 ans et 9% des 25-34 ans ont déjà consommé au moins une fois une autre drogue illicite que le cannabis. En ce qui concerne la prévalence d’usage des autres drogues illicites au cours des 12 derniers mois, elle est de 1,5% sur l’ensemble de la population belge âgée de 15 à 64 ans.

2.    Les résultats de l’enquête HBSC 2006 montrent que le cannabis reste le produit illégal le plus fréquemment consommé par les jeunes de 12-20 ans de l’enseignement secondaire en Communauté française (28% des jeunes interrogés en ont déjà consommé au moins une fois dans leur vie), l’expérimentation du cannabis étant stable depuis 1998. L’expérimentation et l’usage régulier d’alcool ont également tendance à se stabiliser depuis 1994. Alors que la proportion de consommateurs réguliers de cannabis (au moins une consommation par semaine) parmi les jeunes interrogés est en diminution par rapport à 2002 (passant de 8% à 6,5%), on constate en revanche une augmentation de l’usage problématique d’alcool parmi ces élèves de l’enseignement secondaire. Cette enquête met également en évidence que les consommations d’alcool d’une part, et de cannabis d’autre part, sont plus fréquentes parmi les élèves de l’enseignement technique et professionnel que parmi ceux du général.

3.    Les résultats de l’enquête sur les risques sanitaires liés à l’usage de drogues en prison montrent que plus d’un tiers des détenus interrogés ont déclaré avoir déjà consommé au moins une fois un produit autre que l’alcool au marché noir en prison, le cannabis étant de loin la substance la plus fréquemment citée (31,9% des détenus interrogés), suivie par l’héroïne (11,6%) et les benzodiazépines (11,3%). En revanche, la découverte de nouveaux produits en prison est moins fréquente et concerne 13% des détenus interrogés. Malgré ces chiffres et nonobstant l’article 88 de la loi des principes concernant l’administration des établissements pénitentiaires ainsi que le statut juridique des détenus (Moniteur Belge du 12 janvier 2005), selon lequel « le détenu a droit à des soins de santé qui sont équivalents aux soins dispensés dans la société libre et qui sont adaptés à ses besoins spécifiques », la Réduction des Risques éprouve encore bien du mal à s’implanter en prison.

4.    Les analyses relatives à l’indicateur de demandes de traitement montrent que l’âge moyen des patients admis en 2009 est d’environ 34 ans. Les patients sont majoritairement de sexe masculin et d’origine belge, mais on notera tout de même que 26% des patients sont d’origine étrangère. Une importante proportion des demandeurs est peu scolarisée et sans emploi, mais cette surreprésentation est, rappelons-le, liée au fait que les personnes ayant de meilleurs revenus ont probablement davantage tendance à consulter et suivre un traitement dans un cabinet privé (ceux-ci ne participant pas à l’enregistrement des demandes de traitement). Bien que les patients vivent généralement seuls, en couple, ou avec leur(s) parent(s), on notera que 28% d’entre eux ne possèdent pas de logement fixe. Au niveau de la consommation, on observe que la classe des opiacés est la plus fréquemment à l’origine des demandes de traitement enregistrées en 2009. Le mode de consommation des produits le plus fréquemment rapporté est l’inhalation/fumette, suivi de l’absorption par voie orale. Néanmoins, environ 8% des demandeurs ont déclaré avoir régulièrement recours à des comportements d’injection. Enfin, plus de la moitié des patients ayant introduit une demande de traitement en 2009 présentent des antécédents judiciaires.

Données indicatives sur l’usage de drogues dans des groupes spécifiques

Précaution

Les données que nous rapportons dans ce chapitre ne sont pas issues d’enquêtes scientifiques. Il s’agit de données récoltées par des associations de terrain dans le cadre de leur travail, et sont de ce fait purement indicatives parce qu’elles ne répondent pas aux critères de récolte de données scientifiques (absence de méthode d’échantillonnage, outils non validés, modes de récolte non standardisés, etc.). Elles sont toutefois précieuses car, même si elles doivent être interprétées avec une extrême prudence, ces données peuvent être considérées comme une première indication sur la problématique de l’usage de drogues dans ces groupes spécifiques, permettant de formuler des hypothèses de travail qui pourront être validées par des recherches ultérieures.

Données principales

De manière générale, on constate, en 2008, que le produit le plus souvent consommé après le tabac et l’alcool est le cannabis et ce, quel que soit le groupe spécifique (32% des personnes touchées par des actions de réduction des risques en milieu festif et 79% des personnes rencontrées lors des opérations « Boule de Neige » en rue).

1.    Plus particulièrement, on constate en milieu festif (c’est-à-dire auprès du public « touché » par des acteurs de la réduction des risques liés à l’usage de drogues en milieu festif), que la majorité des indicateurs de consommation ont été en diminution progressive de 2004 à 2007 (consommation d’au moins un produit hors tabac et alcool, consommation d’au moins un produit illégal, consommation d’au moins un produit illégal hors cannabis, consommation de stimulants, polyconsommation). On constate néanmoins une augmentation de certains de deux de ces indicateurs en 2008 (consommation d’au moins un produit hors tabac et alcool, consommation d’au moins un produit illégal), alors que les autres sont relativement stables par rapport à l’année précédente.

2.    On constate également, à travers les opérations Boule de Neige réalisées en rue, que la consommation d’opiacés (héroïne et méthadone illégale) a connu une augmentation en 2008 auprès des usagers de drogues rencontrés en rue. En revanche, la consommation de cannabis, d’alcool, d’amphétamines, d’ecstasy, d’hallucinogènes et de morphine est en diminution en 2008, et la consommation de cocaïne, de benzodiazépines, de codéine et de buprénorphine est relativement stabilisée. On constate par ailleurs que le phénomène de polyconsommation est particulièrement marqué au sein des usagers de drogues rencontrés en rue (on note ainsi une moyenne d’environ 5 produits différents consommés au cours du dernier mois), mais il est relativement stable dans le temps. Enfin, en 2008, environ 47% des répondants ont déclaré avoir eu recours à l’injection au cours du dernier mois, et ils sont nombreux à avoir eu des comportements à risque au cours des six derniers mois (utilisation de seringues usagées, etc.).

3.    Finalement, les données récoltées auprès des personnes prostituées lors de campagnes de vaccination contre l’hépatite B montrent que, de 1998 à 2008, 17,5% des personnes interrogées ont déclaré consommer des drogues illicites (dont 5.4% par voie intraveineuse). En ce qui concerne la consommation d’alcool, 35% des répondants ont déclaré en consommer quotidiennement, dont 12% de façon abusive. On constate néanmoins certaines différences en termes de consommation en fonction de l’origine et de l’âge des personnes prostituées.



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